Interview avec Sara « C’est important de prendre des risques et d’aller au-delà de sa zone de confort, ne serait-ce que pour se connaître davantage. Et en fin de compte, quand tu écoutes moins tes peurs, ça devient très stimulant et inspirant. »

Artiste à la croisée de la musique et l’image, Sara dévoile « Les tournesols sont tristes« , un premier court-métrage sensible, porté par une bande originale composée par ses soins. Un projet intime, abordé avec une certaine pudeur, où les émotions priment sur les mots. On a échangé avec elle autour de la création de ce projet hybride et de ses envies futures.

Opus : Bonjour Sara, trop contente de t’avoir en interview aujourd’hui pour parler de ton projet ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour celles et ceux qui ne te connaîtraient pas ?

Sara : Salut, merci beaucoup de prendre ce temps-là ! Je suis artiste polyvalente, musicienne avant tout, productrice de musique électronique et depuis peu, également réalisatrice puisque j’ai sorti mon premier court-métrage « Les tournesols sont tristes » le 22 février dernier, co-réalisé avec Hippolyte Simon (Cooksa).

Opus : Justement la spécificité de ce court-métrage c’est la musique. Tes compositions créent toute l’atmosphère, les morceaux peuvent s’écouter indépendamment du film ?

Sara : Oui, tout à fait ! La bande originale est sortie en même temps que le projet sur les plateformes. Ils font partie intégrante du court-métrage mais se suffisent aussi à eux-mêmes, l’expérience est simplement différente.

Opus : Et du coup ce projet ça fait plus d’un an que tu travailles dessus ?

Sara : C’est ça. En fait, on a commencé le tournage fin 2024 et on a fini le projet en novembre 2025. On a fait une avant-première le 4 décembre dernier au théâtre du Fil à Plomb, c’était assez dingue d’avoir les émotions des gens en direct, surtout pour une première projection. On a eu un accueil incroyable de la part du théâtre et on est trop content.e.s du résultat ! Après la projection, il y avait le vernissage d’une expo photo de Victor Soulié en lien avec le film et on a pu un peu échanger avec les personnes présentes.

C’est vrai qu’en tant qu’artistes indépendant.e.s on a tendance à faire notre art dans notre coin, souvent seul.e.s, mais ça prend vraiment un sens quand tu le partages pendant des soirées comme cette avant-première ou sur scène.

On a ensuite eu la chance de faire une seconde projection dans le studio de Music Action la semaine suivante, et après j’avais besoin d’enclencher un nouveau cycle pour le projet et de le rendre accessible. Du coup, j’ai sorti le film sur YouTube avec la BO en même temps. Aujourd’hui je travaille le format live de la bande originale du film. J’essaie de l’étoffer un peu et pourquoi pas faire d’autres morceaux, au fur et à mesure ça se transformera peut-être en un autre projet, une suite… ça reste en réflexion pour l’instant.

Opus : Est-ce que tu réfléchis aussi à une scénographie particulière pour rallier un peu le côté visuel que tu avais avec le court-métrage ?

Sara : Complètement oui, vu qu’on a travaillé la musique et l’image en même temps, ça donne plein d’idées pour la scénographie. J’aime beaucoup réfléchir à un projet dans son ensemble, pas seulement la musique. Et ce projet-là m’a permis de le faire tout en gardant une part assez évolutive pour la suite. J’ai une formation d’architecte, ce qui m’influence beaucoup dans tout ce que je fais dans l’art. Travailler le rapport à l’espace et la scénographie en fait donc partie.

Opus : Parce que dans la conception, il n’y a pas eu les images d’abord, ensuite le son, ou d’abord le son et ensuite les images, c’était les deux en même temps ?

Sara : En fait au tout départ, j’avais trois morceaux de piano à l’été 2024. J’ai appelé Hippolyte, le co-réalisateur et cadreur, j’avais écris un scénario pour trois clips qui se suivent et qui racontent une histoire. L’idée du projet lui a beaucoup plu, du coup on est partis en tournage avec Victor pendant 4 jours. On a tourné sans mettre les musiques en fond. Au final notre créativité a été énormément stimulée à ce moment là. On avait d’autres idées et on a pris plus de libertés aussi. Quand on est rentrés à Toulouse on s’est dit qu’avec ce qu’on avait, on pouvait pousser l’idée plus loin qu’un clip. On s’est dit « venez on fait court-métrage ». J’ai donc mis de côté ces trois compositions de piano et je suis repartie de zéro.

Opus : Comment ça s’est passé la composition ?

Sara : Pour composer je me mettais quelques images du film une fois qu’on avait commencé le montage et je composais en les regardant. J’ai passé des mois à tester plein de choses et j’ai même ressorti ma guitare que je n’avais pas touché depuis des années ! J’ai dû faire une quinzaine de morceaux je pense et puis j’ai affiné, au fur et à mesure du montage je structurais mes sons en fonction de l’image et parfois c’était l’inverse. Aujourd’hui il y a 6 morceaux dans la BO. C’était un peu un objectif dans ma vie de faire de la musique à l’image, mais je ne pensais pas que ça arriverait aussi tôt. Au final, tout s’est un peu aligné cette année-là et j’ai adoré faire ça.

Opus : Tu as conservé à peu près la même histoire que tu avais en tête à la base ?

Sara : Alors oui, mais elle s’est énormément étoffée. Travailler avec Hippolyte et Victor m’a aidé à prendre du recul sur certaines idées. On s’est vraiment porté tous les trois sur ce projet, je considère qu’on l’a fait ensemble même s’ils me laissaient trancher sur certaines décisions.
Et puis pendant un an, on a gardé ça secret aussi. C’était un sacré défi parce que souvent, tu vas chercher l’avis de tes proches etc… Là, il fallait que je me fasse confiance de A à Z et ça m’a fait du bien. J’avais juste envie d’aller au bout de mon idée et surtout qu’on prenne du plaisir à le faire. Il y a eu pas mal de synchronicités pendant le tournage qui ont rendu le projet encore plus symbolique pour nous. Et aujourd’hui grâce à cette expérience j’ai surtout deux amis de plus dans ma vie et des souvenirs incroyables.

Opus : Et pourquoi ce titre, Les Tournesols sont tristes ?

Sara : C’était pendant l’été 2024, quand j’avais fini la composition des trois morceaux de piano que je voulais clipper à la base. J’étais en voiture sur une route que j’emprunte souvent pour aller en Ariège. C’était la saison où les tournesols sont à la fin de leur floraison et j’aime beaucoup la symbolique autour de cette plante. Je me suis fait la réflexion que les tournesols avaient l’air tristes et je crois bien que j’étais dans le même état qu’eux. Alors quand je suis rentrée chez moi, j’ai écrit dans mon carnet « Les tournesols sont tristes » et c’est resté.

Opus : Ce court-métrage raconte une histoire et transmets surtout des émotions. Est-ce que tu voulais que les gens comprennent vraiment toute l’histoire que tu racontes, ou la volonté était que ce soit vraiment ouvert à ce que chacun l’interprète comme il le souhaite ?

Sara : C’est un film qui parle de résilience, mais je voulais justement que ce soit assez libre d’interprétation et c’est d’ailleurs pour ça par exemple qu’il n’y a pas de dialogue (ou presque). On a vraiment voulu faire quelque chose d’expérimental pour que chacun puisse s’approprier l’histoire à travers le son et l’image. J’ai eu des retours très différents de l’interprétation qu’on peut en faire et je trouve ça hyper intéressant. Bon, évidemment, il y a un fil conducteur, mais le but c’était que chacun puisse s’identifier. C’est pour ça aussi qu’on ne voit pas beaucoup mon visage.
Au final ça reste quand même quelque chose de très personnel, j’avais peur de ça au début car c’est la première fois que je me livre autant dans un projet.

Opus : Du coup, dans le film, ce sont des personnes de ta famille, mais tu ne leur as pas dit pourquoi tu filmais ça ? Ça a du être fort en émotion au moment de découvrir le projet !

Sara : Oh que oui ! En fait, je leur ai juste dit « Je fais un clip avec des copains. On filme des trucs, on fait des tests, ne faites pas trop attention à la caméra. » Avec eux, j’avais envie de capter de vraies scènes de vie et garder l’authenticité de ces moments. Et oui forcément c’était intense en émotions pour tout le monde après la projection. Ce moment-là, on s’en rappellera très longtemps je pense.

Opus : Et du coup, tu aimerais bien peut-être refaire des formats comme ça, peut-être faire d’autres courts-métrages ?

Sara : Totalement ! Le format documentaire aussi, ça me plaît bien. Je me suis rendue compte que ce projet réunissait un peu tout ce qui m’intéresse et que j’aime faire dans l’art. Que ce soit la musique, la vidéo, la photo et le fait qu’on ait bossé l’édition aussi avec le livret du film. D’ailleurs si vous voulez plus d’infos et d’anecdotes il est totalement disponible ahah ! On est vraiment allés chercher quelque chose d’assez complet et c’est une manière de m’exprimer qui me plaît beaucoup. Finalement c’est un peu comme une carte de visite en fait ce projet.

Opus : Au début, quand je t’ai découvert, c’était en tant que pianiste, DJ et compositrice pour d’autres artistes, est-ce que ça a influencé ta musique et ta manière de créer ? Est-ce que tu avais déjà sorti des projets solo avant ?

Sara : Oui tout à fait, j’avais déjà sorti un projet solo, un EP de 8 titres de piano qui s’appelle « Capsule ». Je mixe en tant que DJ (en solo) aussi depuis quelques années et je produis beaucoup. Et en parallèle, effectivement, j’ai pu collaborer avec des artistes toulousains comme Lilo, avec qui j’ai partagé beaucoup de concerts depuis nos début ici, ou encore Chloëmoi. Comme beaucoup d’autres expériences, ça m’a permis de me construire artistiquement c’est certain. Travailler avec d’autres artistes c’est toujours très enrichissant et je suis contente de trouver un équilibre avec mes projets solo aussi.

Opus : C’est pour ça qu’un projet aussi personnel pour se présenter, c’est fort !

Sara : C’est vrai que c’était pas simple pour moi. Mais c’est important de prendre des risques et d’aller au delà de sa zone de confort, ne serait-ce que pour se connaître davantage. Et en fin de compte, quand tu écoutes moins tes peurs, une fois que t’es dans le processus, ça devient très stimulant et inspirant.

Opus : Quels sont tes projets désormais ? Comment ça se passe pour toi depuis ?

Sara : Faire ce projet ça m’a fait beaucoup de bien. Là c’est un peu un temps plus calme mais je bosse déjà sur d’autres projets, notamment avec Genius Loci, mon duo avec MOS, que j’avais mis en pause pour le film. Et puis d’autres choses que je préfère garder pour moi pour le moment mais qui vont être super ! Pour le moment je me concentre sur la construction de mon live et pourquoi pas l’écriture d’un nouveau scénario, qui sait…

Opus : Merci beaucoup Sara pour cet échange, c’était hyper intéressant d’en savoir davantage sur ton travail et ton univers. On a hâte de voir ce que tu prépares pour la suite !


Avec « Les tournesols sont tristes », Sara signe un projet personnel à la fois délicat et ambitieux, qui nous touche et nous parle. Le court-métrage est à découvrir sur YouTube, accompagné de sa bande originale disponible sur les plateformes.

Crédits photo : Victor Soulié

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Si l’on dit souvent que le talent n’a pas d’âge, l’amour de la musique et celui de l’écriture n’en ont pas non plus ! A peine deux décennies de vie derrière elle, Nina écoute tout le temps des chansons, et quand elle n’en écoute pas elle en cherche, en partage et lit des interviews sur des artistes qu’elle affectionne.
Désormais, elle en parle aussi dans Opus et vous pourrez lire ses brèves oscillant entre rap, pop et chanson à l’accent rap...