INTERVIEW SOY TELMA : QUELQUE PART ENTRE LA POP D’ANGÈLE ET L’ÉNERGIE DE KAROL G.

À la croisée de la pop française et des rythmes latins, Soytelma construit un univers musical solaire, sensuel et libre. Entre le français et l’espagnol, elle chante l’amour, le désir, les contradictions et cette envie de s’affranchir de ce que l’on attend de soi.


Son rapport à la musique a profondément évolué lors d’un voyage en Colombie. Entre découverte d’une culture, rencontre amoureuse et immersion dans les sonorités latino américaines, cette expérience agit comme un véritable déclencheur et l’amène à chercher sa propre manière de faire dialoguer ces deux univers.


Quelque part entre la pop d’Angèle et l’énergie de Karol G, Soytelma revendique une musique à la fois vulnérable et affirmée, douce mais jamais complètement sage.

ur scène, elle se présente avec sa guitare, une présence spontanée et une bonne dose d’autodérision. Après un premier EP, Dame de cœur, autoproduit au Studio Capitole à Toulouse, elle continue de développer son univers avec le triptyque Crush, Crash, Bloom, dévoilé en 2025.

À l’été 2026, elle revient avec SOLO, un nouveau single qui affirme encore davantage son identité musicale et visuelle.

Elle sera en co-plateau avec Melba ce 18 septembre au Bijou, alors on en profite pour en savoir un peu plus sur son parcours et ce qui l’anime :

Opus : Bonjour Telma, alors si j’ai bien compris le déclic c’est un voyage en Colombie entre choc amoureux et musical, combien de temps es-tu restée en Colombie ? Parlais-tu déjà espagnol? Comment ça s’est traduit concrètement dans l’écriture de tes chansons ?

Soytelma : Salut La Mona ! Tout à fait, j’y suis restée 3 semaines, c’était un voyage intense, j’ai eu le temps de tomber amoureuse de cette culture incroyable, ça m’a vraiment mis une claque. Je parlais déjà espagnol car j’étais plutôt bonne en classe mais clairement cette relation amoureuse m’a permis de progresser hyper rapidement. L’espagnol est venu très naturellement quand j’ai commencé à écrire, peut-être dans un premier temps par pudeur, pour écrire ce que je n’osais pas exprimer en français, mais aussi parce que la musicalité est très forte dans cette langue, que je trouve particulièrement suave et mélodique.

Opus : Et musicalement, es-tu autodidacte ? As-tu fais une école de musique ? Est-ce que tu continues de te former ? Comment ?

Soytelma : J’ai pris des cours de guitare quand j’étais ado mais sur le reste (composition, logiciel…) j’ai tout appris seule. Je continue de me perfectionner à force de tester et de regarder des tutoriels sur youtube ou bien en travaillant avec des arrangeurs / compositeurs.

Opus : Pour revenir à ce voyage en Colombie, est-ce qu’un morceau précis est né directement de ce moment ?


Soytelma : Non pas vraiment, en fait je pense que ce voyage a permis de laisser infuser dans ma tête les sonorités, les rythmiques etc. et ce n’est qu’une année plus tard, à force d’écoute et quand la relation s’est terminée, que mon premier morceau est venu spontanément.

Opus : Entre « Dame de cœur » (2022) et le triptyque Crush/Crash/Bloom (2025), qu’est-ce qui a changé dans ta façon d’écrire ou de te produire ?


Soytelma : Ma façon d’écrire est restée plus ou moins la même, elle se nourrit toujours d’un vécu ou de fictions réalistes, bien que je sois plus mature dans ma manière d’aborder certains sujets. Côté production, je suis restée indépendante sur le plan financier. Ce qui a changé, c’est plutôt la direction artistique beaucoup plus assumée, le fait d’explorer et d’approfondir mon style pour trouver mon adn musicale, et surtout, la détermination à en faire mon métier.


Opus : Avec le recul, quelle étape du parcours a été la plus déterminante — une résidence, une rencontre, un concert ?


Soytelma : Je dirais mon premier concert programmé, c’était aux 4 zèbres à Toulouse, et j’ai vraiment un souvenir d’avoir eu énormément de retours positifs de gens que je ne connaissais pas, des gérants du lieu aussi qui ont adoré, et bien entendu mes proches qui m’ont pour certains découverte comme véritable artiste ce soir-là. Je me rappelle avoir ressenti un sentiment si fort, comme un “c’est bon Telma, ne cherche plus, c’est ÇA que tu dois faire de ta vie”.

Opus : Beaucoup de nos lecteurs sont dans la musique, qu’est-ce que tu recommanderais à un.e artiste qui commence, en termes d’accompagnement à solliciter en premier ?

Soytelma : Je ne peux que recommander le Parcours d’Artiste avec la fédération Octopus qui est idéalement adaptée à un artiste aujourd’hui. On comprend les métiers qui orbitent autour de nous, nos droits, les contrats, la com, la presse etc. j’ai tellement appris pendant cette formation et surtout il y a beaucoup de choses que j’aurais aimé connaître bien avant ! C’est un peu comme une école pour apprendre à faire soi-même avant de pouvoir déléguer à l’équipe qui se formera autour de notre projet artistique. En plus on s’est tellement bien entendus avec les autres artistes qu’on a fait un concert tous ensemble à la fin du programme. Et puis, les intervenant.es sont que des pros du milieu, donc c’est très précieux d’avoir leur expertise et ce sont de véritables contacts qu’on peut garder par la suite.

Opus : Qu’est-ce que t’a apporté concrètement le dispositif Boost, Art’Cade, Octopus ou Trajectoire Music — coaching artistique, réseau, technique ?

Soytelma : Boost et la résidence à Art’cade m’ont aidé à construire un set live, à savoir mieux gérer les transitions entre les morceaux, travailler le pitch, mieux maîtriser les gestes parasites et ça m’a aussi permis de faire un concert dans la music box du Metronum à la fin du dispositif. J’ai pu aussi vivre mon premier coaching scénique avec Stéphan Bertholio, qui m’a aidé à façonner mon live de façon plus précise, choisir les bons morceaux au bon moment, créer une cohésion globale.

Opus : Tu sembles être sur tous les fronts, as-tu une équipe autour de toi aujourd’hui (booker, chargé de diffusion, label) ou tu gères encore tout en autoproduction ?
(Vous pouvez d’ailleurs la suivre sur Instagram et Youtube )

Soytelma : Haha merci, ça veut dire que ça se voit que je travaille dur ! Je n’ai rien de tout ça pour le moment, je suis encore seule et en autoproduction, mais je commence petit à petit à m’entourer, je veux vraiment avancer à plusieurs et créer un crew qui souhaite m’accompagner dans le projet.

Opus : Ce 18 septembre, tu te présentes dans la salle mythique du Bijou, comment cette date en co-plateau s’est-elle montée ? Une candidature, un contact direct, une recommandation ? Est-ce lié à ta demi-finale du tremplin OSONS là-bas ? Qu’est-ce qui a joué en ta faveur selon toi — le style, le réseau, le timing ?

Soytelma : Haha merci, ça veut dire que ça se voit que je travaille dur ! Je n’ai rien de tout ça pour le moment, je suis encore seule et en autoproduction, mais je commence petit à petit à m’entourer, je veux vraiment avancer à plusieurs et créer un crew qui souhaite m’accompagner dans le projet.

Opus : Ce 18 septembre, tu te présentes dans la salle mythique du Bijou, comment cette date en co-plateau s’est-elle montée ? Une candidature, un contact direct, une recommandation ? Est-ce lié à ta demi-finale du tremplin OSONS là-bas ? Qu’est-ce qui a joué en ta faveur selon toi — le style, le réseau, le timing ?

Soytelma : En effet, ce 18 septembre je compte bien enflammer la scène du Bijou ! Et je serai en binôme sur la soirée, avec l’artiste Melba. Ça s’est fait en direct avec le programmateur, Kévin, qui m’a appelé un jour pour me proposer la date. Autant te dire que j’étais aux anges ! Comme tu dis, c’est une salle mythique, dans laquelle j’avais déjà eu l’occasion de me produire lors du tremplin OSONS. Je pense que Kévin m’avait vu plusieurs fois sur scène au Bijou mais aussi sur un autre tremplin, il avait donc déjà un œil sur mes actualités. Et, quand il a programmé Melba, il s’est dit que nos univers pourraient bien matcher. Moi, je crois toujours au bon timing, c’est qu’il était parfait à ce moment-là !

Opus : Musicalement, qu’est ce qui détermine qu’un morceau sera en français ou en espagnol — instinct, thème, sonorité ? Est-ce que tu pars du texte, de la mélodie, de la guitare ?


Soytelma : Franchement c’est tellement aléatoire, ça relève complètement de l’instinctif, du mood dans lequel je suis ou bien de la mélodie que j’ai commencé à composer. Comme je ne commence pas les morceaux de la même façon, c’est très variable. Parfois c’est une ligne mélodique de guitare qui leade le reste, parfois c’est un texte écrit dans mes notes, ou bien l’humeur dans laquelle je suis. Je suis poisson, je me laisse guider par mes fulgurances haha.

Opus : Pour l’enregistrement de ton premier EP, tu es passée par le Studio Capitole, pourquoi ce choix, et comment ça s’est passé niveau enregistrement/mix/budget ?


Soytelma : Exactement, j’ai visé tout de suite un des meilleurs studio de la ville haha. Alors ce choix s’est fait un peu par hasard, je cherchais un studio, je n’y connaissais rien et je ne connaissais personne dans le milieu. J’ai simplement fait une recherche google et j’ai vu
qu’ils semblaient sérieux. J’ai appelé et je suis tombée sur Manu (DJ Logilo), connu dans le milieu hip-hop, qui m’a un peu pris sous son aile lors des premières sessions studio. J’ai pas cherché plus loin car je me suis bien entendue avec l’équipe et j’ai adoré
l’expérience tout de suite. J’ai donc bossé avec Jean Haas pour les arrangements de mes maquettes et la réalisation puis avec Julien Couralet, ingé son et gérant du studio, qui a fait mes enregistrements et mixs. Niveau budget, c’est certain que je ne me suis pas
ménagée. J’ai eu de la chance à ce moment-là , j’étais revenue chez mes parents, ils ont accepté que je reste un peu plus longtemps que prévu alors j’ai mis mes économies dans le studio. C’est un choix que j’ai fait, sans expérience, et qui avec le recul est vraiment démesuré, mais je ne regrette absolument pas.

Opus : Pour Crush/Crash/Bloom, tu as gardé la même méthode ou changé de studio/collaborateurs ?


Soytelma : J’ai gardé l’exacte même équipe sur ce second projet. c’est sur SOLO que j’ai changé puisque j’ai arrangé moi-même la prod et les voix (enregistrées dans mon home studio). C’est un ami artiste, Leio, qui a mixé et masterisé le morceau. Pour la suite, j’ai envie de collaborer avec d’autres compositeurs, artistes, studios, pour aller voir ce qui se passe ailleurs et ouvrir d’autres portes.

Opus : Certains artistes constatent un écart entre un nombre réduit d’écoutes sur les plateformes et le nombre de concerts joués ou prévus beaucoup plus important : comment cela s’explique selon toi ?

Soytelma : Selon moi, l’un ne va pas sans l’autre, mais si cela arrive j’imagine que c’est lié à un nouveau mode de consommation. Notamment des jeunes générations qui peuvent écouter les morceaux via les réseaux sociaux, et s’attacher à la personnalité de l’artiste, parfois autant voir plus qu’à ses œuvres musicales. On pourrait alors voir moins d’écoutes via les plateformes payantes, mais un nombre d’abonnés suffisamment grand sur les réseaux pour pouvoir remplir des salles.

Opus : Ta volonté d’élargir vers les pays hispanophones avec SOLO — concrètement, ça passe par quoi (réseaux, tournée, collabs) ?

Soytelma : Par la tournée d’abord, où j’aimerais commencer à me faire voir du public espagnol, rencontrer des artistes locaux, voir comment ça se passe en direct là-bas. Je n’ai pas de réseau donc il faut commencer à le construire dès à présent pour espérer faire ma place ailleurs. Pour le moment, je me concentre sur le sud, et par la suite, le reste de la France et l’Espagne.

Opus :C’est bientôt la fin de cette interview, sur ton profil instagram, tu as écrit que tu es « la plus latinas des françaises », pour toi c’est quoi « être latina »?


Soytelma : J’adore, excellente question ! Alors être latina au delà du fait que je chante en espagnol, c’est aussi et avant tout un état d’esprit, une culture. Être latina représente le fait d’être une femme forte, indépendante, qui incarne la diversité et porte avec elle une histoire et un passé lourd (issu de l’immigration, la colonisation, la forte mysoginie…) mais qui fait vivre avec fierté sa culture et se bat pour sa liberté. Je souhaitais aussi par cette démarche, casser les codes et les clichés de la latina, qui est souvent réduite à des stéréotypes physiques ou dépeinte comme une femme exubérante. moi je ne suis rien de tout ça, et j’ai le privilège de vivre ici en France, mais c’est mon modèle. J’incarne la puissance et la douceur, la féminité et la masculinité, l’autonomie et la liberté, et je trouve qu’aujourd’hui, les latinas le font bien, comme Karol G par exemple, chanteuse colombienne qui est mon idôle.

Opus : Et pour finir, est-ce que tu veux nous partager une anecdote de concert qui t’a marquée, bonne ou catastrophique ? 🙂


Soytelma : À mes tous débuts, j’ai fait un concert pour un bal de pompiers. C’était le moment de solitude le plus long jamais ressenti… ils étaient toustes en train de manger avec leur conjoint.e, leurs enfants, et moi je déambulais entre les tables en essayant de chanter mes compositions que personne ne connaissait. J’ai tenu bon jusqu’au bout mais j’étais liquéfiée à l’intérieur haha, PLUS JAMAIS !

Opus : Merci Telma de nous avoir accordé cette interview et nous avoir partagé ton univers ! On te retrouve vite au Bijou ce 18 septembre !

Soytelma : Merci La Mona, c’était un plaisir 🙂

crédit photo : Juliette Excoffon