Interview Rita Macedo : « J’ai grandi dans la musique joyeuse du carnaval de Bahia, ça m’habite encore aujourd’hui »

Chanteuse et accordéoniste brésilienne installée à Toulouse depuis la fin des années 80, Rita Macedo est née à Salvador de Bahia dans une famille de musiciens populaires, elle grandit au rythme des fêtes, des bals et des traditions musicales de son pays. Depuis, elle tisse un dialogue sensible entre les musiques populaires brésiliennes et occitanes. Figure incontournable de la scène toulousaine, Rita Macedo fait de chaque concert un moment de partage où les frontières s’effacent au profit de la danse, du chant et de la convivialité.

Porté par son accordéon, son univers est à la fois chaleureux, généreux et profondément vivant, à son image. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, son arrivée à Toulouse, ses rencontres décisives et la manière dont elle a construit, au fil des années, une identité musicale entre deux rives de l’Atlantique.

Opus : Tu es aujourd’hui une des artistes brésilienne les plus présente sur la scène toulousaine, qu’est ce qui t’a amenée à t’installer à Toulouse et quelle est ton histoire avec la musique ?

Rita Macedo : Mon père est un des créateurs du Trio Elétrico de Bahia, musique pour le carnaval , donc chez nous, la musique a toujours été là. J’ai souvent accompagné mon père et mes frères pour jouer sur les concerts, les enregistrements… En 1984, il y a eu toute une expédition toulousaine : 120 Français sont partis à Rio et à Bahia pour choisir une école de samba et un trio életrico pour le carnaval de Toulouse. C’était les C.O.C.U. (Comité Organisation Carnaval Universitaire) guidé par Claude Sicre.

En 1985, l’année d’après, mon père, mes frères et toute la bande sont venus jouer ici, et ça a été un énorme succès. Puis en 1986, ils sont revenus pour jouer pour la fête de la musique, j’étais à la fac au Brésil quand mon père m’a proposé de venir passer un an à Toulouse, accueillie par des membres du C.O.C.U. pour étudier au Conservatoire de Toulouse. Et finalement la vie a fait que je suis restée. C’est donc ma famille qui m’a donné envie de jouer

Opus : Tu es chanteuse, accordéoniste et tu navigues entre plusieurs univers musicaux. Aujourd’hui quels ont été tes projets qui occupent ton quotidien et qu’est ce qui les différencie ?

Rita Macedo : Le temps a fait qu’on me connait et qu’on m’invite beaucoup à des projets. Mais pas que. Mon plus grand projet c’était Les Femmouzest T aux côtés de Françoise Chapuis qui nous a quitté il y a 3 ans maintenant. Un projet impulsé par les Faboulous Troubadour (Claude Sicre). A l’époque il y avait toute une équipe derrière nous, drivée par Laurence Larrouy qui nous à managés pendant presque deux décennies. Ensuite il y a eu Karine Ricalens, qui a beaucoup travaillé sur le nom Rita Macedo.

Aujourd’hui, j’ai un solo où je raconte justement mon apprentissage de la musique au sein de ma famille et de ma culture, J’utilise des ustensiles de cuisine détournés en instruments, comme une boîte d’allumettes, une poêle… parce qu’au Brésil, on fait souvent de la musique avec ce qu’on a sous la main. J’ai aussi un duo (C’est Nous, aux côtés de Ange B) de musique traditionnelle avec des machines, beat-box, des voix, où on chante en portugais, mais aussi en occitan et en français.

Il y a aussi le trio de forró, (avec Robi Robacher et Onel Miranda) qu’on fait vivre depuis dix-sept ans et qu’on joue tous les deux mois au Bal du Hangar (organisé par l’association Ozar Etc). Je fais aussi partie d’un autre trio, plus récent, plutôt pensé pour le concert, où on s’intéresse aux femmes troubadours des XIᵉ et XIIᵉ siècles. (Avec André et Juliette Minvielle).

Je joue aussi dans un quartet qui revisite la musique traditionnelle brésilienne avec des arrangements inexplicables ! C’est les Jambu Boys avec Tim Alcorn, Bastien Andrieu et Juan Kowalcewki. Je fais aussi partie des Brankaleone, invitée par mon ami François Bacabe où on joue de la musique traditionnelle Occitane.

Et puis un projet qui mélange des chansons françaises et brésiliennes (des ils des Ailles), drivé par Eraldo Gomes et Isabelle Gomes. Enfin Rita Rita où je reviens aux sources, autour des musiques festives de Bahia, invitée par le Parti Collectif avec Yoann Scheidt, Brice Matta, Jaime Chao et Louis Lubat.

Opus : Dans ces différents projets, quelle place occupe la création ? Est ce que tu composes ou est-ce que tu prends aussi plaisir à revisiter le répertoire brésilien ?

Rita Macedo : La création, aujourd’hui, elle est surtout dans les arrangements, dans la manière de faire sonner les morceaux. J’aime beaucoup revisiter le répertoire traditionnel. J’ai aussi beaucoup composé, surtout avec Françoise. Depuis qu’elle est partie, il y a trois ans, je n’ai pas composé une seule chanson. Elle me manque énormément, aussi pour ça. On avait une vraie complicité, on composait facilement toutes les deux, et surtout on prenait le temps. Aujourd’hui, avec tous les projets que j’ai, c’est déjà compliqué de trouver des moments pour répéter, alors pour composer… je ne te raconte pas ! La composition est donc un peu en arrêt pour l’instant mais la reprise ne saurait tarder.

Opus : Ces derniers mois, on t’a vue jouer au Hangar, à Convivencia, bientôt à la Cave Poésie… Tu sembles énormément jouer. Derrière cette visibilité, il y a une stratégie, une équipe ou simplement des années de réseau et de fidélité ?

Rita Macedo : C’est vrai que je joue beaucoup, et heureusement, parce que les temps deviennent quand même compliqués. Aujourd’hui, personne ne s’occupe de moi. Je pense que si je suis autant sur scène, c’est surtout grâce aux années de réseau et aux amitiés. La plupart des projets dont je t’ai parlé, ce sont des copains musiciens qui m’appellent pour jouer avec eux. Eux ont parfois
des structures qui les accompagnent, et moi je viens rejoindre l’aventure. Ça s’est construit comme ça, au fil du temps.

Opus : Quand on te voit sur scène, on est frappé par ton énergie et par la confiance que tu dégages. Est-ce que cette présence est quelque chose que tu as travaillé au fil des années, ou est-ce une part de toi qui s’exprime naturellement dès que tu montes sur scène ? As-tu déjà connu le trac ?

Rita Macedo : C’est gentil. C’est vrai qu’on me dit souvent que j’ai beaucoup d’énergie sur scène. Je pense que ça vient de mon histoire familiale. La musique de mon père et de mes frères, c’est la musique du carnaval de Bahia : c’est rapide, joyeux, ça fait danser. J’ai grandi là dedans, donc forcément ça m’habite encore aujourd’hui. Et puis j’aime bien jouer, chanter et faire danser les gens.

Par contre, le trac, je l’ai toujours ! (rires) Oui, oui, je le côtoie encore. Et je ne pense pas que je le perdrai un jour. Finalement, je trouve qu’il est important. Il te concentre, il te recentre. Si je ne ressentais plus rien avant de monter sur scène, ça ne me plairait pas. Bon, parfois j’aimerais quand même en avoir un peu moins pour faire encore mieux mon travail… mais il fait partie du jeu.

Opus : Le 27 juillet, tu présentes un concert forrò, en trio. Selon toi pourquoi le forro continue-t-il à faire danser des publics qui ne parlent parfois pas un mot de portugais ?

Rita Macedo : Je pense que le forró plaît autant ici parce que ce sont des danses qui se vivent à deux ou en groupe, un peu comme la salsa. À l’inverse je pense que le samba n’a pas pris car ça se danse de manière individuelle alors que le forró fait écho avec les danses traditionnelles d’ici.

Opus : Après toutes ces années à Toulouse, quel regard portes-tu sur la scène musicale de la ville ? Qu’est ce qu’elle a de particulier selon toi ?

Rita Macedo : Toulouse a toujours eu la réputation d’être une ville très vivante culturellement, et je pense que c’est toujours vrai. Mais il y a quand même eu un changement. Dans les années 1990, il y avait énormément de lieux où jouer. Je me souviens qu’on pouvait enchaîner des concerts du jeudi au dimanche sans quitter Toulouse. Il y avait des groupes venus de partout, avec des styles très différents, et cette diversité faisait toute la richesse de la ville.

Aujourd’hui, il y a beaucoup moins de lieux où jouer, mais Toulouse reste malgré tout très bouillonnante culturellement. Le quartier Arnaud-Bernard y a beaucoup contribué. À une époque, on y vivait la musique du monde entier, en plein centre-ville. Cette diversité musicale a participé au haut niveau de la scène toulousaine. Et je pense aussi que cette scène est toujours en bonne santé grâce aux jeunes !


Maintenant que vous en savez plus sur Rita, votre curiosité vous mènera peut-être jusqu’à la Cave Poésie pour une soirée placée sous le signe des rythmes du Nordeste brésilien ? Elle y sera le 27 juillet à 20h30 avec son trio de forró accompagnée de Robi Rohrbacher (pífano, flauta, guembri, voix) et Lucas Notaro pour l’occasion (Zabumba, pandeiro, voix).

Une nouvelle occasion de découvrir cette artiste qui sait, mieux que quiconque, transformer un concert en véritable bal populaire !

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Photos : DR / parti collectif