Interview Interference x Ultragama : « Avec Matière Première, on souhaite donner la parole à l’émergence musicale locale, régionale et nationale »

Interference vient d’ouvrir les portes de son rooftop pour un été enflammé ! La première édition de Matière Première bat son plein, et accueille la scène émergente toulousaine et française tous les vendredi soir en juillet et en août, dans un cadre idéal. Le groupe toulousain Ultragama jouera le 28 août aux côtés de Naconda et Moontrip, à cette occasion nous les avons rencontrés, ainsi que Florian, programmateur d’Interference et Matière Première.

Opus : Florian, en premier lieu je voulais savoir d’où est venue l’idée de créer Matière Première ?

Florian (Interference) : L’idée de Matière Première était de créer un rendez-vous où on pouvait faire le lien entre des artistes locaux, régionaux, et des artistes nationaux qui avaient pour point commun d’être des artistes émergents. On voulait donner la place à ces artistes là dans la programmation d’Interference. C’est une grande salle et on n’avait pas forcément toujours la possibilité de pouvoir donner la parole à des groupes émergents.

Opus : Comment est-ce que vous avez travaillé la programmation ? A chaque soirée de Matière Première y a en général deux ou trois artistes par soir. Comment est-ce que justement vous avez mélangé des artistes émergents et certains artistes plus confirmés ?

Florian : J’ai essayé de construire la programmation pour qu’elle puisse parler à différents publics. Il y a des dates qui sont beaucoup plus marquées, certaines rap, musique électronique, d’autres métal. On souhaite toucher un petit peu tous les publics des musiques actuelles au sens large. Et puis il y a des dates qui ont été construites dans un modèle un peu classique type première partie et « headliner ». Mais tout en restant sur de l’émergence. Et d’autres dates qui ont été construites plutôt en co-plateau ou alors en donnant des cartes blanches à des collectifs locaux ou des labels locaux.

Opus : Est-ce que Matière Première aura droit à plusieurs saisons ?

Florian : J’espère ! En tout cas l’objectif c’est de faire plusieurs saisons et peut-être aussi à terme en faire aussi l’hiver dans la salle.

Opus : Pour vous, quel est l’élément qui différencie, qui distingue Matière Première d’autres concepts ?

Florian : Le lieu avec le rooftop, je trouve que c’est quand même un cadre assez agréable pour découvrir des groupes ! C’est gratuit, c’est tous les vendredis donc c’est assez chouette. Il n’y a pas besoin de réserver, on peut vraiment venir comme ça. On n’est pas obligé de regarder ce qui est programmé et on peut juste venir, se laisser surprendre, profiter de la soirée.

Opus :  En tant que programmateur, qu’est-ce que tu préfères faire dans ton métier ? Et dans ce projet là en l’occurrence, qu’est-ce que tu as préféré mettre en place ?

Florian : C’est une question difficile. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir accompagner des artistes, surtout des artistes locaux, dans leur développement. Par exemple, Nous Étions Une Armée, on les avait reçus en première partie de Superbus l’année dernière. Là on les reçoit sur Matière Première, sur le rooftop. Donc c’est chouette de construire une histoire avec ces groupes. Alors c’est vrai que Nous Étions Une Armée, c’est pas des toulousains, mais c’est un exemple. On peut vraiment retrouver plusieurs fois les groupes à Interference et écrire quelque chose avec eux.

Opus : Ultragama est aussi présent avec nous pour cette interview, vous jouez sur ce rooftop le 28 août prochain avec Naconda et Moontrip. Je voulais savoir comment est-ce que cette date en particulier avait été organisée ? Et comment est-ce que vous avez été amenés à travailler ensemble ?

Guillaume (Ultragama) : On a été un peu cooptés par un des collectifs qui fait partie de la soirée, qui est Moontrip. On a la chance autour de nous d’avoir des artistes et des connaissances qui sont dans pas mal de collectifs. On peut citer Supplément Groove, Forward, qui sont des collectifs toulousains. Comme on est un peu dans cet esprit house, techno, on a été approchés par Moontrip directement. Et donc on va pouvoir faire cette date en collaboration, on a hâte !

Opus : Quels sont les contraintes, à la fois techniques et créatives, que vous avez été amenés à rencontrer pour proposer des dates comme ça sur un rooftop ?

Florian : En fait, le défi sur le rooftop, il est surtout lié aux aléas météorologiques, surtout avec les épisodes caniculaires qu’on a pu connaître dernièrement. Après il y a une contrainte de son, mais qui est gérée puisque c’est le métier de gens qui travaillent ici. Et on fait attention au voisinage, on fait ce qu’il faut pour que ça se passe bien.

Etienne (Ultragama) : Nous on a déjà joué sur un rooftop à Nîmes. C’était sur le rooftop du Musée de la Romanité, juste à côté des arènes de Nîmes. C’était pour le off de TINALS (festival This Is Not A Love Song, ndlr) d’ailleurs à Nîmes. Et le challenge, ça a été la chaleur, parce qu’on n’avait pas de barnum, on n’avait pas de scènes couvertes. On utilise pas mal d’instruments électroniques, le mien, en l’occurrence, a surchauffé. J’ai su pallier la situation et mettre une sorte de parapluie DIY que j’avais construit en prévision, et qui a très bien fonctionné.

Opus : Selon vous, c’est quoi les défis réels auxquels un artiste émergent est confronté aujourd’hui ?

Dylan (Ultragama) : Déjà, il y a le nombre de salles mises à disposition. Même s’il y a énormément de progrès, notamment avec la création d’Interference il y a quelques temps. Mais la scène émergente a pris un gros coup, notamment avec la fermeture d’une salle comme Le Connexion, qui était un entre-deux parfait entre artistes émergents ou semi-professionnels, et artistes qui commencent à grossir un peu. Aujourd’hui, il y a vraiment un gap entre les concerts organisés par les bars, qui sont aussi soumis à leurs propres difficultés actuellement, notamment des mesures de décibels et une surveillance intensive, et des plus grosses salles, tels que le Bikini ou la Cabane. On manque un peu de salles intermédiaires.

Il y a des points positifs à ça aussi, c’est qu’il y a des acteurs toujours plus nombreux qui permettent de promouvoir cette musique là, qui se battent pour les artistes émergents, qui organisent des choses et qui arrivent avec des idées comme ça, c’est plutôt bénéfique pour tout le monde. Donc ces défis, on y répond, j’ai envie de dire ! Même si ce n’est pas encore parfait, il y a quand même des choses qui se mettent en place, et c’est bien.

Opus : C’est ce qui vous a attiré dans Matière Première, finalement ? En tant qu’artiste que vous produisez ici, ce projet répond en partie à ce défi ?

Dylan : Totalement. On n’a jamais eu la chance de jouer à Interference pour l’instant, donc on est ravis de jouer sur ce rooftop pour la soirée du 28 août. Et voilà, donc forcément, nous on a envie de jouer, on est là pour ça. On est sur notre deuxième année de tournée.

Guillaume : Et j’ajouterais une petite anecdote. Quand Interference a ouvert ses portes, on a vu qu’il y avait le rooftop, et ce rooftop s’appelle Gamma. Et on s’est dit, en tant que Ultragama, que jouer ici, ce serait un beau symbole. Et donc, ça se fait en août, et on est super contents, déjà pour ça, et pour ce cadre incroyable.

Opus : Florian, toi qui es programmateur en plus, que perçois-tu comme défis auxquels les artistes émergents font face aujourd’hui ?

Florian : Je suis complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit. J’imagine que la difficulté, c’est de trouver des lieux où on peut se produire. C’est vrai que nous, on essaie de répondre un peu à ce manque, et de proposer des alternatives, et aussi de participer à enrichir l’offre culturelle, musicale toulousaine. Mais pour le coup, ce n’est pas quelque chose que j’expérimente moi en tant que musicien.

Pour me placer du côté du public, le Connexion c’était chouette parce que c’était une salle qui proposait une jauge assez intimiste, sans être une toute petite salle. Et en plus, avec des prix accessibles. On a fait le choix aussi de proposer des concerts gratuits pour Matière Première parce que depuis quelques années, les concerts sont de plus en plus chers, et donc malheureusement, de moins en moins accessibles à tout le monde. Donc nous, on est content de pouvoir proposer cette série de concerts gratuits.

Opus : Est-ce que vous aviez déjà l’idée de Matière Première et de ce lieu-là dès l’ouverture d’Interference, ou est-ce que c’est venu après ?

Florian : Non, l’idée est venue après l’ouverture. De par mon parcours, j’ai travaillé dans des structures de tailles très différentes, et j’ai toujours eu une appétence particulière pour l’émergence. Donc dès que j’ai commencé à travailler avec Interference, j’avais déjà cette envie là. Maintenant, ça a pris quelques mois pour que l’envie se transforme en idée, en projet, donc je suis content que ce soit sorti maintenant !

Opus : Ultragama, vous avez effectué une tournée cet été, vous êtes en train de vous produire pour des festivals, des concerts. Je voulais savoir comment ça se passe jusqu’à présent, la tournée ?

Guillaume : Eh bien, ça se passe très, très bien. On a fait beaucoup de routes, déjà en juin, à peu près, je dirais, 4000 kilomètres sur quatre week-ends. On est montés plusieurs fois dans le Nord, en Normandie, du côté de Besançon. On a joué à Toulouse aussi, mais on a des super retours. On essaie de faire avec la canicule, et puis on se réveille tôt aussi pour nos balances. Donc c’est une expérience humaine et sportive où on a besoin de beaucoup d’endurance !

Opus : Qu’est-ce que vous préférez en tournée et en live ?

Dylan : Jouer (rires). Le moment où on se retrouve sur scène face aux gens, c’est pour ça qu’on fait ce métier-là ! C’est ce qui nous galvanise, c’est ce qui nous pousse à nous dépasser aussi, voir les gens faire la fête sur les compositions originales, il n’y a pas de sentiment plus galvanisant que ça.

Guillaume : On est sur notre deuxième tournée pour nos deux ans d’existence, donc on est super contents, on va jouer loin devant des publics qui souvent ne nous connaissent pas, grâce à des organismes qui nous ont fait confiance. Et de voir des gens être surpris, être curieux, par notre concept de musique électronique live, sans platine et quasi en continu. Ca appelle les gens à découvrir une nouvelle atmosphère, et donc pouvoir un peu les étonner, c’est le meilleur cadeau qu’on peut recevoir.

Etienne : Oui, moi ce que je préfère vraiment, c’est pendant un concert, avoir un fan club juste en bord de scène, qui danse comme des fous, qui crie, ça c’est ce qui me fait le plus plaisir pendant la tournée (rires) !

Guillaume : Et quand même le catering et la chambre d’hôtel, c’est chouette (rires).

Opus : Je l’attendais ! Ca rajoute un challenge en plus pour vous qui n’avez pas de platine sur scène malgré un set électro/dance music, pourquoi cet attachement à avoir des instruments sur scène avec vous ?

Etienne : C’est un choix et une contrainte, mais on adore ça, nous on est tous musiciens à la base.

Guillaume : On souhaitait initialement construire un pont entre les musiques électroniques et les musiques actuelles, et de ne pas juste proposer un simple concert, qui fait : un morceau, pause, puis un deuxième morceau. On a plutôt pensé le concert en continu, et donc on a dû s’adapter en tant que musicien pour réfléchir à comment aborder les structures des musiques électroniques. Avec beaucoup de montées, beaucoup de nuances, beaucoup de préparation, de répétition, parce que c’est extrêmement sportif. C’est presque des mathématiques de penser un set avec des plages musicales qui s’auto-transitionnent. Voilà, on a tout composé pour que vraiment on ne s’arrête jamais.

Opus : Quand on vous voit sur scène, vous avez l’air très concentré, finalement pendant tout le set, vous arrivez quand même à profiter ?

Guillaume : En vrai il y a beaucoup de lâcher prise, ça devient presque entêtant et on rentre dans une sorte de trance en fait. Et on pense que ça peut se voir et que les gens aussi le ressentent. Le but c’est qu’eux se retrouvent dans cette trance-là.

Dylan : On aime bien les DJ sets et on aime l’aspect visuel de jouer des instruments aussi. Donc les défis sont nombreux dans le sens où il fallait créer ça en faisant une ode aux DJ sets si je peux dire, mais en étant originaux aussi. Il faut savoir qu’Étienne est guitariste et synthé du groupe, et il y a des moments où il se retrouve à la fois à la guitare, à la fois au synthé, à la fois avec le pied à l’autre bout, en train de gérer ses pédales d’effet. Donc on est vraiment tous multitâches. Mais c’est un défi qui est très plaisant en tant que musicien, je pense de se tirer toujours vers le haut, d’aller toujours vers le plus complexe.

C’est ce qui nous attire vers la musique aussi, on n’est pas trop fan des quatre accords qui suivent, même si respect à tout le monde évidemment ! On aime bien donner des influences un peu jazzy dans ce qu’on fait aussi. On a des influences autour de Justice, Daft Punk en général, mais aussi Vulfpeck un petit peu. On s’inspire de tout ça, je pense qu’on aura encore de nombreux défis à relever, mais en tout cas on adore ce qu’on fait.

Opus : C’est le principal ! En tant qu’artiste émergent, comment est-ce qu’aujourd’hui on fait pour partager sa musique, pour partager son art auprès du public ? Par quels moyens vous arrivez à aller chercher votre public finalement, pour développer votre projet ?

Dylan : La musique à proprement parler, c’est-à-dire la composition, les répétitions et le live, au final ça prend un pourcentage plus faible que ce qu’on peut imaginer dans ce milieu aujourd’hui. Je dirais peut-être 20-25%, mais il y a beaucoup d’autres aspects à gérer, notamment la communication, se faire connaître. Je ne sais pas si on est les mieux placés en tant que groupe émergent pour l’instant pour répondre à cette question convenablement, mais nous, c’est par le live qu’on fait la différence et qu’on va chercher les gens. C’est vraiment avec l’expérience live que les gens derrière vont nous suivre et potentiellement nous écouter.

Etienne : Effectivement, ça passe par le live, mais on travaille beaucoup sur nos réseaux sociaux. On essaie de les polir et de trouver notre vibe. On a chacun des tâches particulières, on se fait des réunions, mais par exemple Dylan gère plus le TikTok, moi je gère plus le YouTube Short, Guillaume c’est plus Instagram. On essaie de faire de la communication par des réels qu’on aime bien faire. On essaie de ne pas tomber dans le trop facile non plus, de faire ce qui nous plaît et s’il y a des formats courts qui marchent, tant mieux. S’il y en a qui ne marchent pas, tant pis.

Opus : Finalement, être un artiste aujourd’hui, ce que tu disais, ce n’est plus seulement créer.

Etienne : C’est multitâche, il y a énormément de choses à faire et c’est très bien qu’on soit trois et qu’on est à peu près experts dans nos domaines particuliers.

Guillaume : C’est vrai qu’on y passe beaucoup de temps, on aime ça aussi, mais c’est vrai qu’on se rend compte qu’il y a beaucoup d’artistes émergents comme nous qui malheureusement ont moins de temps pour faire de la musique à proprement parler, passer du temps sur la création. On pense que c’est important de ne pas oublier ça parce que c’est le cœur du métier, de la passion. Il faut réussir à trouver un bon équilibre et c’est pour ça que c’est important d’avoir une bonne osmose dans une équipe. Avoir beaucoup de communication, pouvoir dire quand ça va, quand ça va pas, ce qu’on pense.

Opus : Si vous deviez convaincre le public de venir à Matière Première, en quelques mots, qu’est-ce que tu dirais ?

Florian : Venez soutenir les artistes émergents, locaux, mais pas que ! C’est l’occasion de faire de belles découvertes dans un cadre, ma foi, plutôt agréable et faites nous confiance. Si vous ne connaissez pas la prog, ce n’est pas grave, c’est même mieux. Faites nous confiance et venez découvrir des petites pépites !

Dylan : Je dirais, si tu veux danser, lâcher prise et voir un groupe live, instrumental, faire de l’électro, viens, tout simplement !

Etienne : Moi, j’ai envie de rajouter, par rapport au lieu : il y a un rooftop, il est magnifique, avec une très belle scène. Il y a le métro à côté. C’est important, les aspects pratiques !

Durant l’été, rendez-vous sur le rooftop d’Interference pour les soirées uniques de Matières Première, le projet innovant qui met en avant l’émergence musicale. C’est chaque vendredi, c’est gratuit ! Pour Ultragama, on se retrouve le 28 août pour un co-plateau avec Moontrip et Naconda !

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